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La fac de Droit irait-elle… droit dans le mur ?

By 25/09/2018 février 17th, 2019 One Comment

La fac de Droit irait-elle… droit dans le mur ?

fac de droit

Comme tout juriste qui se respecte, je me devais de faire cette blague douteuse mais également provocatrice.

En effet, on entend tout et son contraire sur l’enseignement supérieur français. « Il s’agit du meilleur système au monde », « C’est un système à deux vitesses », « le niveau des étudiants est en chute libre », « nos universités sont mal classées », etc.

Le problème proviendrait d’après la plupart des spécialistes du « système universitaire » en lui-même. Les structures de gouvernance et de gestion ne seraient plus adaptées. En 2012, le professeur Patrick MORVAN s’insurgeait déjà dans les tribunes du journal Le Monde contre les fameux « masters de complaisance » et l’évaluation des professeurs par leurs paires.

"L’enseignement supérieur repose aujourd’hui essentiellement sur des cours magistraux"

De mon point de vue, un autre problème plus profond cause du tort à l’université française. Ayant fait plusieurs années en Droit, je ne me permettrai d’illustrer mes propos qu’au travers de cette spécialité.

Le principal problème de la fac de Droit aujourd’hui est l’absence d’innovation pédagogique. Cela se traduit bien évidemment par le taux d’échec au cours des premières années. Mais il est également possible d’observer des lacunes lors de l’insertion professionnelle des diplômés de Master 2 à leur sortie de la fac de Droit.

L’enseignement supérieur repose aujourd’hui essentiellement sur des cours magistraux. Un sachant (le professeur) récite un cours pendant deux ou trois heures (traduisez dans la majorité des cas : lit son livre en vente à la librairie au coin de la rue), à des étudiants souvent ayant dû se lever très tôt, et lessivés par le rythme de travail qu’on leur impose (depuis leurs 6 ans au passage).

fac de droit

Comment voulez-vous que cela fonctionne ?

Parfois, vous tomberez sur un professeur passionné par son métier et le Droit. Son cours ressemblera généralement à un spectacle de stand-up, à une représentation théâtrale.

Mais pourquoi la majorité des professeurs ne se consacrent pas autant à leurs cours ? Pourquoi ne ressentons pas plus leur passion ?

Tout simplement parce que le système n’est pas conçu pour valoriser ce type d’investissement. La passion n’est que très rarement valorisée. Pour faire simple, lorsque l’on devient professeur de Droit, deux obligations doivent être remplies :

  • Donner des cours,

  • Effectuer des travaux de recherches.

Or, la notation, comme la reconnaissance des professeurs, n’a lieu en réalité que sur les travaux de recherches réalisés. Ces travaux d’ailleurs, débouchent parfois sur des « commandes » de commentaires ou notes de doctrine de certains cabinets d’avocats à des professeurs reconnus dans des revues prestigieuses afin d’appuyer leur position devant les magistrats (autrement dit pour les influencer dans leur décision) pour une « récompense » alléchante (on est bien d’accord que ça reste entre nous ?).

fac de droit

Mais revenons à ce qui nous intéresse aujourd’hui : la pédagogie !

En plus du scandale des cours magistraux, un étudiant en fac de Droit ne dispose généralement que de 3 corrections sommaires par matière en 3 mois environ (un semestre). Comment voulez-vous progresser lorsque l’on ne vous indique pas :

  • Que vous avez commis des erreurs ?

  • pourquoi vous les avez commises ?

  • et comment faire en sorte de ne plus les commettre ?

Le pire dans toute cette histoire est peut-être le contenu de ces corrections. Elles sont généralement expéditives. Un trait rouge, un « B », une note. Voici à quoi se résume 80% des copies de 80% des chargés de TD aujourd’hui. Des doctorants que l’on a parachuté devant des classes de 40 étudiants, qui n’ont aucune passion pour l’enseignement et se contre-fichent des résultats que pourront obtenir leurs élèves.

Rares sont les chargés de TD qui sont dignes de leur poste. Mais peut-on vraiment leur en vouloir ? Ils n’ont rien demandé. Ils ne souhaitaient que rédiger leur thèse, comme le professeur dans son amphi qui ne souhaitait faire que de la recherche, point.

fac de droit

Alors ne faudrait-il pas réformer le système au moins sur ce point ?

Plutôt que d’avoir les meilleurs juristes et chercheurs face aux étudiants, ne faudrait-il pas rechercher les meilleurs pédagogues parmi les juristes, même moyens, pour enseigner dans les fac de Droit ?

Enfin, pour en finir sur les corrections. Il convient d’indiquer qu’elles sont généralement toutes notées. Nous n’avons donc pas le droit à la moindre erreur. Or, comme le dit l’adage « C’est en se trompant que l’on apprend ». Supprimer les notes dans leur totalité n’est peut-être pas la solution, mais multiplier les corrections non sanctionnées de note me paraît un bon début.

Nous avons passé en revue les principaux problèmes de la pédagogie à la fac de Droit. Et pourtant, jusque-là, nous n’avons qu’effleuré la question. Comment repenser ce système universitaire ? Quelles solutions apporter pour enfin remédier aux défis d’aujourd’hui et de demain ?

Cela ne passera évidemment pas par l’achat de MacBook et la mise en ligne de la bibliothèque de la fac. Je te donne donc rendez-vous prochainement pour découvrir mes propositions pour réformer l’université française et permettre à chaque étudiant d’accéder à un enseignement de qualité.

En attendant, je serais curieux de découvrir tes idées et propositions.

fac de droit
Damien

Author Damien

Administrateur du site. Retrouve moi sur Instagram et découvre les coulisses de la communauté : https://www.instagram.com/le_juriste_de_base/

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Nicolas Mouton
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Nicolas Mouton

Très bonne critique du système supérieur actuel. Il est vrai que la société, se focalise avant tout sur le résultat et non les nombreuses étapes qu’il faut franchir pour y parvenir. Quand on sort du secondaire, on est très souvent démuni face aux nombreux défis que nous réserve l’enseignement universitaire. En Belgique certaines universités commencent à réagir, notamment l’Unamur (dont je fais partie). Les professeurs changent leur angle d’approche concernant la dispense de cours. De plus en plus souvent, et même si ce n’est pas toujours au point, nous allons avoir des “classes inversée”, des textes à préparer, une argumentation… Read more »